About my practice
Dans mon exploration artistique, j’interroge les nuances complexes du déplacement et de la migration à travers une approche sensible et introspective. Mon travail trouve sa source dans mon propre parcours, marqué par la délocalisation et la négociation constante entre différents cadres culturels. Depuis mon arrivée en France en 2019, j’ai été frappé par la manière dont le changement de territoire redessine les repères et transforme la perception de soi. Il ne s’agit pas simplement d’un effacement ou d’une rupture, mais plutôt d’une réorganisation subtile de l’identité à travers de nouveaux contextes et interactions.
Déplacer ses habitudes, ses souvenirs et ses objets d’un lieu à un autre implique un processus où l’on oscille entre continuité et transformation. Ce que l’on croyait inaltérable devient malléable sous l’effet des nouvelles réalités, et ce qui semblait étranger finit par s’inscrire dans une forme de familiarité. Mais cette transition n’est ni linéaire ni entièrement maîtrisée : certains éléments de l’identité résistent à l’effacement, tandis que d’autres se modifient sous contrainte, parfois sans que l’on en ait pleinement conscience. J’ai réalisé que l’identité ne se définit pas seulement par un enracinement, mais aussi par sa capacité à se reconfigurer, à négocier sans cesse entre mémoire et nouveauté, entre attachement et redéfinition. Cette dynamique mène à une réflexion sur ce que l’on conserve, ce que l’on adapte et ce que l’on transforme en fonction de nouveaux contextes, mais aussi en fonction du regard de l’autre, de la manière dont la société d’accueil perçoit et catégorise l’identité en migration.
Mon intérêt s’est progressivement étendu aux expériences d’autres individus ayant vécu des formes de migration ou de déplacement. Par l’observation et le dialogue, j’ai compris que ces trajectoires partagent des tensions similaires : la manière dont la mémoire persiste à travers des objets, des rituels ou des fragments de langage, tout en s’ajustant à un nouvel environnement. Mon travail tente d’explorer ces survivances et ces mutations à travers le dessin, la peinture, la sculpture, la photographie et la vidéo.
Les objets que j’ai apportés avec moi de l’Inde, par exemple, sont devenus des marqueurs d’une continuité altérée. Ils conservent une charge affective, mais leur signification se modifie dans un nouvel espace, soumise à un regard différent et à une nouvelle relation au quotidien. Cette interaction entre le passé et le présent, entre ce qui est transporté et ce qui est transformé, est un élément central de ma démarche.
Dans mes installations et peintures, je cherche à donner forme à cette oscillation entre mémoire et renouveau. Mon travail joue avec la superposition, l’effacement, la trace et la transparence pour exprimer la complexité d’une identité en transformation. Il ne s’agit pas de restituer une mémoire figée mais d’explorer ces espaces intermédiaires, ces zones de frottement entre plusieurs réalités. Il s’agit d’un travail de mise en lumière de ce qui est disjoint, hybride, ou en suspension.
Dans cette exploration, l’identité n’est pas une essence figée mais un processus vivant. Elle se manifeste dans les déplacements, dans les objets et les souvenirs, dans les interactions et les adaptations. Ma pratique interroge la manière dont les objets, les images et les récits personnels portent les traces d’un passé en constante réinterprétation. Par cette approche, j’invite à une réflexion sur les négociations silencieuses qui façonnent l’expérience du déplacement.
Aniruddha Biswas
March 2025

















